Les restes de ce que furent des êtres forts
Dans une pièce où plane l'ombre de la mort
Pour un plus ou moins long séjour.
Les facultés déclinent jour après jour
Un mur anti bruit s'érige
On devient sourd
C'est le silence perpétuel
Un épais rideau se tire
On a perdu le jour
C'est la nuit éternelle.
Plus besoin de carillon pour égrener les heures
Plus besoin de calendrier pour situer le jour
Plus besoin de visite pour agrémenter le séjour
Plus besoin de menu, le repas n'a plus d'odeur
Plus besoin d'ouvrir la bouche, on a perdu la saveur.
Là, prostrée, au stade de fossile
Le menton sur le nombril
Le reste de ce que fut une femme gracile
Comment immaginer une reine de beauté
En ce corps desséché.
Ici, le reste de ce que fut un homme
Du spectre en est la copie conforme.
Dans ce qui fut un sexe, une sonde
Pour le cul une couche en guise de bonde
Une aiguille dans ce qui fut une veine
Pour nourrir un corps dont l'espérance de vie est vaine.
Qui étaient ces êtres décharnés, déformés?
Peut-on imaginer des ancêtres forts, beaux et gais?
Peut-on vivre en ce monde
Alors qu'ils sont coupés du reste du monde?
Plutôt des survivants dans un autre monde.
Quelle image garderont en leur mémoire
Les petits enfants venus les voir?
Les prolonger est aussi raisonnable
Que d'arroser les racines d'un candélabre.
Ecrit le 22 Février 2001 à la suite de reportages à la télé sur ce sujet.