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LES CAISSIERES

 

 

LES CAISSIERES

 

 

                            Ce sont des personnes comme vous et moi. Leur métier est aussi noble que beaucoup. Elles doivent accueillir comme une hôtesse d’accueil, c’est à dire avec le sourire à chaque passage de client, tout contrôler pour détecter l’éventuelle fraude, contrôler les sacs vides, si le ticket correspond avec la marchandise du sac, reconnaître d’éventuels faux billets, etc… Cela demande beaucoup de qualités.

Elles ont une pression énorme sur les épaules qui peut varier suivant les établissements. Dans l’un des deux que je fréquente, la pression est telle que pour les employées, traquées, l’air en est irrespirable au point de dire qu’elles sont dans un bagne pour preuve, une garde-chiourme (comme au bagne), genre de serpent venimeux rampant entre les travées à la recherche d’une proie facile à avilir. Elle sème la terreur partout où elle passe.

On interdit aux caissières de parler avec les clients, à part bonjour, au revoir et bonne journée. On leur interdit de parler entre elles pendant le travail. Défense de répondre à un ordre du moindre petit chef, sinon au directeur ou PDG. En face de ces légumes, garde à vous, vous allez subir un cocktail d’insultes, de reproches, d’engueulades dont le but est de vous déshumaniser, de vous avilir, tout cet état major jouit devant la petite employée qui n’en peut plus et éclate en sanglots, on veut leur faire croire qu’elles ne sont que des rien du tout et là simplement pour obéir, en précisant bien :

- Vous êtes ici pour faire du chiffre.

Lorsque l’on veut se débarrasser d’une employée, on la harcèle jusqu’à ce qu’elle donne sa démission, c’est plus pratique que de la mettre à la porte. Certaines partent en pleine dépression.

Le contexte est favorable à l’autorité, l’employée tient à garder sa place, sinon c’est le chômage assuré.

Cet état d’esprit règne du haut jusqu’en bas.

Cette façon d’agir est peut-être due au manque de capacité de se faire obéir en étant quelqu’un de normal, on érige une barrière entre le chef et l’employé.

Comment voulez-vous que ces braves femmes soient toujours souriantes. Certaines le sont. Imaginez la volonté déployée par celles-ci pour sourire dans un tel climat.

Dans ce magasin, on va au travail à reculons. Même la clientèle ressent cette atmosphère et ne recherche pas la connaissance pour échanger quelques paroles. Par le passé, j’ai connu un autre climat et le rendement était sans aucun doute largement aussi bon.

J’ai connu quelques anciennes petites caissières de l’ancien temps et elles sont restées très gentilles avec moi. J’en parlerai par la suite.

 

 

Dans l’autre grande surface que je fréquente, j’ai fait de nombreuses connaissances, des jeunes et des moins jeunes

 

 

 

                            Parlons des petites jeunes débutantes, par exemple âgées d’environs dix huit ans, elles sont adorables. Là encore la personnalité joue. Sans être un grand psychologue, on la devine. Elle appréhende un peu le contact avec les premiers clients, et a tendance à se recroqueviller sur son siège. Il faut la mettre en confiance et non pas la rabrouer, ce sera lui rendre service.

Toutes les caissières ont un badge, bien l’observer pour y lire le prénom et si ce prénom n’est pas très commun, c’est un motif pour rompre la glace :

On lit le prénom à haute voix et on ajoute un commentaire du genre :

- Ce n’est pas commun, vos parents avaient-ils une raison particulière pour vous appeler comme ça ?

- Ou, c’est un bien joli prénom, vous avez de la chance.

Etc…

En l’observant discrètement, vous la voyez se détendre et sourire.

Le lendemain, en repassant à sa caisse :

- Bonjour X (son prénom).

Un gentil bonjour Monsieur vous chatouille les oreilles et avec un si beau sourire que l’on est conquis.

Les jours suivants, aussi loin que vous soyez dans la queue à attendre, vous avez le droit à son gentil sourire. Elle se sent valorisée, quelqu’un s’intéresse à elle, elle n’est plus la caissière de la caisse 23 ou autre. Vous avez une amie et elle a un bon client. Cela peut aller bien plus loin comme je l’expliquerai par la suite.

Parmi les jeunes caissières, il y a les petites étudiantes. Ces jeunes filles courageuses qui en plus de leurs études viennent faire la caisse tous les samedis, jours fériés et pendant leurs vacances.

Ces jeunes caissières ne ressentent pas la pression au même degré que les sédentaires. Un peu plus décontractées, mais tout aussi consciencieuses.

Ce n’est pas parce que une caissière est souriante et gentille avec les clients qu’elle est malhonnête, loin de la. Je les aime bien toutes, mais je ne voudrais pas leur faire de tort, je ne me le pardonnerais pas. Au passage, je salue leur conscience professionnelle.

A être trop connu, ce n’est pas toujours facile à gérer lorsqu’elles sont très près les unes des autres. En passant, le joli sourire et ces yeux qui invitent à venir vers elle, cela peut occasionner des petites jalousies. J’ai vu et entendu assez souvent cette réflexion dite avec un sourire :

- Tu m’as piqué mon papy.

Apparemment cela ne va pas plus loin.

Ou encore :

 

- Je ne vous ai pas vu samedi dernier, vous n’êtes peut-être pas venu ?

C’est difficile de dire non, d’autant plus que entre elles tout se raconte et s’enjolive.

Sans s’en rendre compte, on prend et on donne des habitudes. L’habitude n’est-elle pas une façon de vivre ?

La grande déception, c’est lorsque l’une vous voit arriver et que vous ne passez pas à sa caisse en sortant. Certaines font un peu la tête pour marquer le coup.

En ce qui concerne les petites jeunes autres que les étudiantes, je les rencontre plus souvent. Je réduis le nombre pour éviter les jalousies.

Les relations deviennent très amicales et même affectives. Par exemple, ma femme et moi, sommes allés au mariage et vin d’honneur de deux d’entre elles.

Nous en sommes quittent pour une corbeille de fleurs, mais c’est très sympathique.

Suivent les faire-part aux naissances, s’ensuit le petit cadeau. Ce sont des petites filles d’adoption, elles viennent à la maison et nous allons chez elles.

Elles viennent présenter les vœux en Janvier et repartent après un petit goûter avec une boite de chocolats.

Lorsque des gens s’étonnent de voir de tels rapports avec ce qu’ils appellent des étrangers, ma réponse est très simple.

Ma famille proche, enfants et petits enfants sont éloignés, on ne se voit pas tous les jours. Alors je me suis fait une seconde famille, certes quand aux liens du sang, éloignée, mais très proches côté cœur, côté affectif. Et, je les vois presque tous les jours, et c’est très sympathique.

Toutes ces charmantes personnes, lorsqu’elles me croisent dans la rue, se déplacent pour venir me faire la bise. Si, ma femme et moi sommes au bar de la galerie marchande, elles viennent également nous saluer et parfois acceptent de boire le café avec nous.

Comment en sommes nous arrivés là ?

Il y a sans aucun doute mon caractère. J’aime le contact avec les autres, mais je dois avouer que je suis attiré par la compagnie féminine, plus que masculine. Depuis le plus tôt que je me souvienne, j’ai toujours été bien admis près du sexe féminin.

 

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