Elevez vos enfants, petits enfants dignement
Et dans le droit chemin
On ne sait jamais ce qui nous attend
Et puis un beau matin :
Vous pénétrez dans une salle austère
Où quelques Lycéens à la gorge amère
Vont répondre des faits qui leur sont reprochés
Trafic de drogue, c’était il y a quelques années.
Ayant perdu leur superbe
Et leur verve,
Ils sont là, face au tribunal, debout,
La tête rentrant dans le cou
Le regard tourné vers les cieux
S’étonnant d’être en ces lieux
Pourquoi ? pourquoi ? sont-ils là, eux ?
C’est un mauvais rêve
Ca finira comme le jour se lève,
C’est une mauvaise nuit
Cesse donc, maudite nuit
Ils vivaient dans la joie
Maintenant, du noir, broient.
Au premier rang du public
Parents et grands-parents, pudiques
Aussi mal en point que leur progéniture
N’osent tourner la tête, on les regarde, sûr
La honte se lit sur leur visage
Avec eux la responsabilité partagent
C’est une partie d’eux même que l’on va juger,
Ca trotte dans la tête en attendant,
Nous n’avons pas su les protéger ;
Est-ce bien notre enfant, notre petit enfant
Là au banc des accusés
Qui l’eut cru ? qui l’eut pensé ?
L’enfant de notre chair
Ce petit être qui nous était si cher
Lorsque nous avions ces autres nous même face à nous
Le bonheur nous étouffait, nous rendait peut-être la vue floue.
Il faut dégager la responsabilité de chacun
Les questions fusent pendant des heures
Les aveux se succèdent, à chacun les siens
Pour les parents, chaque fois que le nom est prononcé
C’est une épine qui entre dans l’âme
A chaque aveu, c’est une flèche dans le cœur
Après des heures, c’est une botte d’épines dans la pauvre âme
Et criblé est le cœur
Dans un corps dégingandé,
On essuie furtivement une larme
Vivement la fin de ce mélodrame
La peine est profonde
Les âmes se drapent de sombre.
L’Avocat général parle en homme de loi
Relate les faits tels qu’il les voit
Assène les accusations contre les coupables
Relativise les circonstances atténuantes
Emportées dans la tourmente.
Il creuse un sillon pour les enfouir
Comme s’il voulait les détruire,
Sans hausser le ton
Suggère la prison,
Ce n’est pas vrai
Ca ne peut pas être vrai
Cet homme en noir, c’est un fantôme
Que veut-il à ces mômes ?
Détruire leur destin
S’en faire un festin
Ce n’est pas possible, il ment
Un papy ne résiste pas, éclate en sanglots
Il ne le voit pas, il fait son boulot
L’âme des parents et grands-parents prie
Nos enfants nous sont bien nécessaire
Ayez pitié de notre peine et de notre misère
Rendez les nous, je vous en prie
La potion est amère
Très amère.
Peut-on espérer la mansuétude du tribunal
Après la plaidoirie des avocats ?
Un pour chaque présumé coupable
Essayer de relativiser les faits pour chaque cas
Des peines, éviter l’avalanche
Beaucoup d’effets de manches
On dirait des corbeaux essayant de prendre leur envol
Pour le premier, c’est raté, il reste au sol
Manque de conviction, à peine audible
Donc peu crédible
La Présidente se désintéresse, vers un assesseur se penche
Cet autre pour défendre son client
Rejette la responsabilité sur les autres
C’est appuyer sur la tête d’un noyé
Enfin un défenseur de talent
Il capte l’assistance, le tribunal est attentionné
Défends son client et même les autres
Il assène ses arguments
Défend ardemment ces pauvres enfants
Ca remue les tripes sacrèment
On se reprend à espérer
Si le sursis était accordé ce serait un pis aller
Eviter la prison qui brise la vie à vingt ans.
Après plus d’une heure de délibéré
Pendant laquelle on a le cœur serré
Le corps ne vit plus ici bas
Ca cogne dans la tête, c’est le grand fatras
On suppose, et si... ou bien ...
La gorge est sèche
Et rien ne vient
Va-t-on prendre la dernière flèche
Celle qui transperce ?
Attention !
Retour du tribunal
On prête attention
On retient sa respiration
Soudain un mot tinte : Sursis
C’est un moindre mal
Ouf ! on ne sait s’il faut rire ou pleurer
Le pire est écarté
Maintenant il faut assumer.
Après eux, d’autres viendront
Seront jugés dans les mêmes conditions
Parce que quelque chose a manqué à leur éducation
Parce que des adultes ne remplissent pas leur mission.