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NOUS NE MARCHERONS PLUS ENSEMBLE

J’ai souvenance

Dès notre adolescence

Se tenant par la main

Ou enlacés

Par les chemins

Nous marchions ensemble

Telle était notre destinée.

 

Unis pour le bonheur, le malheur, et le pire

Contre vents et marées

Dans l’univers des grands,

Les bons moments, les avons fêtés

Les mauvais, il fallait les franchir

Aller droit devant,

Nous marchions ensemble.

 

Pendant des mois, des années, j’ai du subir

Me voir maigrir,

Toujours souffrir

Sans pouvoir guérir

Le corps habité par un vampire,

Désespéré par l’ignorance

Des gens de science

Petit à petit, du trou je m’approchais

Dans lequel dans peu de temps je basculerais.

Soudain, l’un d’eux cria : Euréka

L’espoir était là,

Nous marchions ensemble.

 

Pendant un long mois

A Bichat, tu es venue me voir plusieurs fois

Dans une misérable chambre tu logeais

A l’aide d’un petit réchaud tu te nourrissais

Jamais tu ne te plaignais

Et toi, tu savais

Que mes jours étaient comptés,

Pourtant, opéré, j’espérais,

Nous marchions ensemble.

 

Une longue convalescence prévue

Inexorablement tôt le matin tu te levais

Les courses tu faisais

Les soins tu donnais

Le ménage tu accomplissais

Les repas tu confectionnais

En silence, je t’admirais,

Et jamais une plainte

Acceptant toutes les contraintes,

Le soir, sans doute fourbue,

Je ne voyais rien, peut-être avais-je une mauvaise vue ?

Nous marchions ensemble.

 

Hélas ! La malchance nous poursuivait

De plus en plus, tu peinais

Et moi ne m’en apercevais.

Un mois après moi

Une opération tu subissais, toi

Moi – toi ; toi – moi ?

La galère, pourquoi ?

De mal, qu’avons-nous fait ?

Sinon, toujours rendre service à autrui

Et punis aujourd’hui,

Bon sang, jamais nous ne capitulerons

Le verdict est sévère

La maladie qui ne pardonne pas,

Pourtant, d’autres opérations suivront,

A chaque fois, on espère

Et puis, on retombe plus bas,

Nous marchions ensemble.

 

Les rôles s’inversent

Il faut que la courbe également s’inverse
            Laquel de nous deux partira le premier ?

Si c’est moi, elle ne pourra travailler,

Il faut que le fils finisse ses études

Après avoir échappé à la mort à Val d’Isère,

La punition est quand même sévère

La bataille sera rude

Je ne peux plus mourir

Je n’ai pas le temps de souffrir

Je refuse de prolonger ma convalescence

Il faut que j’assume la pitance,

Nous marchions ensemble.

 

J’ai souffert

Bon sang que j’ai souffert

Je me suis étonné moi-même

Comme tu m’a épaté toi-même,

Nous étions bien tristes tous les deux,

Deux cadavres ambulants

Ensemble luttant.

Les visites à la maison ?

Ca passait plus vite que les saisons

Visite de courtoisie comme à l’hôpital,

Déjà telle heure, il faut que je détale,

Plus que nous, étaient malades.

Que de journées,

Que de dimanches nous avons passé seuls,

Personne ne peut se mettre à la place de l’autre,

De ressentir, de penser pour l’autre,

Il comprendra lorsque ce sera son tour

Lui aussi trouvera longs les jours,

Petit à petit, nous avons repris

De nouveau l’espoir était permis,

Nous marchions ensemble.

 

Alors que l’espérance nous habitait

De nouveau, il fallait t’opérer

Pendant quelques courtes années

Nous avons couru les hôpitaux

Pour essayer de soigner tes maux,

Là, pour trouver un peu d’espoir,

Ailleurs du désespoir

Tu as toujours fait front à l’adversité

Sans jamais pleurer,

Mieux, les autres malades tu allais réconforter

Pendant que le mal rongeait tes propres boyaux

Fatalité ?

Fidèle à ta conscience,

Sentant venir l’échéance,

A quelques jours de là, tu me dis :

Vois-tu, tu ne pourras t’en sortir seul

Tu seras à dure épreuve

Il faut que tu reprennes quelqu’un

Du menton tu me désignais la femme de ménage

Tu en auras besoin, c’est certain.

Sur de moi, je refusais, il n’y auras de naufrage,

Je me croyais fort, très fort

Or, tu n’avais pas tort

Ta santé fuyait, dans la tourmente, emportée

Tu n’as pas passé l’été

Une nuit de Juillet tu as cédé,

Nous ne marcherons plus ensemble.

 

Post-scriptum :

J’ai suivi ton cercueil jusque ton lieu de repos, sans pleurer,

J’avais décidé de ne pas pleurer en public

Je le jugeais impudique.

De retour à la maison, j’ai éclaté en sanglots,

J’ai pleuré des jours et des nuits

Dans la solitude la plus complète et sans bruit.

Au bout de quelques mois, j’ai craqué,

Comme tu me l’avais demandé, la bonne j’ai épousé

Mais, jamais, jamais je ne t’ai oubliée.

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