Revenir sur terre
Après un profond sommeil par puissant somnifère
Pour une grosse opération
Est une résurrection.
Le patient, encore dans l’irréel
Contemple l’ange sans ses ailes
Qui, penché vers son visage
Au milieu d’un petit nuage
Murmure en lui tapotant les joues
« Monsieur, réveillez-vous ».
Pendant les premières heures,
Elle viendra tous les quarts d’heure.
On l’appelle au 4, au 6, au 8, elle court,
Elle court, elle court, et sourit toujours.
C’était ma petite infirmière,
Celle qui adoucissait mes misères.
Pendant quatre jours de douleurs atroces
Accomplissant son sacerdoce,*
Elle venait, tenant ma main dans la sienne,
La caressait avec une douceur extrême,
Fixant mon visage blême :
- C’est bientôt fini, courage.
Ses paroles si douces, si sages
Agissaient comme l’aurait fait une magicienne.
Elle était presque nue
Seul, son slip se dessinait sous sa blouse blanche.
Lorsqu’elle courbe la hanche,
Deux adorables petits seins
Se penchent vers la large échancrure
A hauteur de ma vue,
Me regardant en souriant, elle murmure
L’œil malin :
- Petit coquin.
Elle était belle dans sa tenue,
Elle faisait si jeune et si menue
Qu’elle en semblait fragile comme du cristal ;
Je priais pour qu’on ne lui fasse jamais de mal.
Pourquoi tant de sollicitude à mon égard ?
Pourquoi tant de douceur dans son regard ?
Sans aucun doute, elle savait
Ce que moi, je ne savais :
Ma mort programmée.
Mais comme à la météo, les prévisions sont souvent erronnées.
Rien d’étrange
A ce que, comme les anges
Elle disparaisse en douceur
Sa tâche accomplie avec cœur.
Comment s’appelait-elle ?
Etait-elle mariée ?
Avait-elle des enfants ?
Vivait-elle seule dans un appartement ?
Comment vivait-elle en dehors de son travail ?
Je ne sais rien d’elle.
Quelle force pour tant d’abnégation (sacrifices)
Toute mon admiration est pour vous, infirmière X.
* Dignité dans sa fonction en raison du dévouement qu’elle
Exige.