C’est une rue,
En recherche de l’idéal
Est conçue comme une avenue.
Elle serait plutôt comme d’autres, banale
Si elle n’était plantée d’arbres
Et ses habitants de marbre.
Elle est belle au mois d’Avril
Lorsque le soleil brille,
Ses arbres, énormes bouquets roses et blancs
Sont resplendissants ;
Mais, voilà, elle n’a pas d’âme
C’est bien là le drame.
L’hiver, le manque de vie s’accentue,
Offrant la même architecture à la rue,
Les pavillons se lamentent le jour
Sur toute la longueur de son cours ;
La nuit, s’endorment
Après une journée bien morne.
Que manque-t-il à cette avenue ?
La chaleur humaine
Celle qui passe d’une personne à une l’autre
En parlant, en souriant, en riant, en s’aidant.
Elle rythme les battements de son cœur
Elle est certes inaperçue
Mais, elle s’imprègne
Et n’apporte que du bonheur.
La sortie de l’école
Pourrait être raison à la communication
Mais il faut être deux à vouloir la raison.
Seulement, voilà que souffle Eole,
Comme dans un filme d’épouvante
Mamans et enfants s’engouffrent dans ces cages roulantes
Appelées automobiles
Qui, sitôt montés, vers la télévision, filent.
Le rare piéton slalome entre poteaux, lampadaires et arbres
Le regard en biais vers le sol est immuable,
Automate guidé par ondes
Va d’un point à un autre
Sans regard à la ronde,
Est-t-il des nôtres ?
Comme partout ailleurs,
On s’enferme dans son intérieur
Isolés du monde extérieur
Derrière une vitre, comme le poisson dans l’aquarium,
On regarde les yeux ailleurs
Comme si dehors ne soufflait que le malheur.
C’est un avant goût du néant
Vers lequel on avance à pas de géant ;
C’est un monde de fuyards
Evitant le regard
Et de casaniers
Vivant repliés
Un monde où l’on s’ignore
Se résignant à son sort.
Devant le muet, on reste muet
Devant celui qui parle, on parle
Devant celui qui rit, on rit
Devant celui qui pleure, on pleure
Devant celui qui fuit, on fuit
Devant celui qui se tait, on n’entend pas.
Alors de comportement, changeons
Parlons, rions, écoutons, répondons.