TRISTESSE
Ca commence par une soirée en solitaire
Dés vingt heures, la Marquise dans son fauteuil
N’a plus les pieds sur terre
Pour la soirée a fermé l’œil.
Sébastien, de sa verve ennuyeuse
N’a de pitié pour nos têtes creuses,
Heureusement, le spectacle accroche
Sinon, je décroche.
La Marquise dans les bras d’Orphée
Commence la nouvelle année
Dans la position où elle l’a terminée.
La liesse de l’écran
Ne me fait bouger d’un cran.
Ma pensée en ce moment
Va au gouvernement.
Après des vœux mielleux
Avec des arguments fallacieux,
En cette seconde fatidique,
Il pique
Dans notre revenu ;
Geste incongru.
Neuf heures du matin,
En quête du pain quotidien,
Sur le chemin,
Pas un chat, pas un être vivant
Ne se risque à prendre les devants
La route trempée est froide
Les arbres de l’avenue sont roides
Les voitures, les yeux morts,
Résignées à leur sort
Dorment en l’absence de chauffeurs
Encore dans leur torpeur.
Le ciel est gris,
Tout est gris,
Les cités traversées, endormies,
Seuls, les résidus de fusées jonchent la chaussée ;
Les artificiers d’un soir
Sont encore dans le noir. Péripétie de la vie.
Ou routine faussée.
Dans le petit chemin de traverse
Menant au commerce
Les feuilles mortes se décomposent,
Quelques oiseaux volètent çà et là
Ou, se posent.
Pour ce premier Janvier
Une colombe perchée dans un laurier
Présente ses vœux
A qui les veux.
A la boulangerie,
La langue empâtée
La petite employée
Et sa patronne, ne sourient.
La baguette résignée
Sachant qu’elle sera mangée
Disparaît dans la poche à pain
De ce crève la faim.
Le retour par la route principale
Vidée de sa substance vitale,
Morne, ça se passe
Au même pas, las.
Deux voitures sans doute fatiguées
Avancent comme des personnes âgées.
Rien ne brille
Rien ne sourit
Rien ne fait de bruit
Rien ne bouge
Silence, silence, silence mortel
En ce jour solennel.
Plus triste qu’un jour de toussaint
Pour la personne âgée à qui l’on ne tend la main.