Préface
L’histoire qui suit se passe avant la dernière guerre (1939-1940), dans une ferme normande, plus exactement dans le Cotentinois, département de la Manche.
Elle est comme beaucoup d’autres, plutôt isolée, trop éloignée des autres les plus proches pour faire un hameau.
Elle est tenue par un couple d’une quarantaine d’années et sans enfants. On ne sait pas lequel des conjoints est stérile, bah ! Peu importe, ils n’ont pas cherché à le savoir, et la vie va son petit train.
Comme dans toutes les fermes, chacun a ses occupations. Lui tous les travaux de la terre et les animaux. Elle, tout le travail de la maison, la traite des vaches, la basse-cour et les cochons. Elle participe également aux grosses corvées tels les battages et les foins.
Lorsqu’il y a une inhumation, pas de pompes funèbres, tout se fait localement. Dans chaque commune, il y a toujours un menuisier, généralement de père en fils. A lui la fabrication des cercueils. Un fermier fait le croquemort, avec sa carriole transporte le cercueil. Le garde champêtre, employé municipal creuse la tombe et enterre le mort. Tout se passe bien.
ELLE
(Augustine dite Titine)
De taille normale, c'est-à-dire, ni grande perche, ni bas cul. Physiquement, pas mal, des traits fins, des yeux doux lorsqu’elle sourit, mais qui lancent des éclairs lorsqu’elle est en colère. Elle est du genre dynamique, ça pète le feu. Ses cheveux ? Bruns, mais hélas ! Comme toutes ces paysannes, longs et tirés en arrière quand elle n’a pas le temps de faire son chignon. Pas le temps de soigner son visage sur semaine, le coup de gant au lever pour reprendre ses sens et au boulot.
Est-elle une belle femme ? A part le physique, comment savoir, c’est comme une quille qui aurait une face humaine et deux bras. Comme toutes les autres, elle est vêtue de cotillons traînant sur les sabots de bois taillés dans la masse, appelés sabots bretons. Pour aller peloter les fesses, c’est du boulot. A part les mains et la face, on ne voit rien du corps humain. Il faut avoir de gros seins pour que cela se remarque. Un avantage, elles peuvent se passer de culotte. Celles qui en ont, cela ressemble à un long short avec une grande fente à l’entre jambe, de sorte que, certaines, pour uriner, s’arrêtent, écartent les jambes et font leur besoin debout, c’est très rapide. Pour les futurs époux qui ne connaissent que le visible, c’est la surprise de la nuit de noce. On la soupçonne d’avoir des amants, mais, allez savoir ? Le commérage va bon train dans nos campagnes. Mais pour les jeunes filles, à 99% elles se marient chastes. Quel drame pour la fille mère, c’est le déshonneur de la famille et elle est considérée comme une pestiférée et généralement chassée. Aussi les filles sont-elles constamment prévenues et menacées par les parents.
LUI
(Valentin dit Tintin)
Plutôt grand, un peu, balancier. En même temps que ses bras vont d’avant en arrière et d’arrière en avant, les épaules vont de gauche à droite et vice versa, comme légèrement déhanché.
Sur ses cheveux bruns foncés pas forcément bien coupés, la légendaire casquette, celle du tous les jours, plutôt crasseuse, sans cesse imbibée de l’éternelle sueur due à la dureté des tâches journalières. Mais celle du dimanche, elle est soignée et ne sert que dans les grandes occasions. Le reste de l’habillement, la traditionnelle chemise de lin, manches retroussées, un pantalon avec comme c’est la coutume, jambes trop courtes de peur de les salir trop vite. Aucun danger de s’user par frottement sur les sabots de bois. Ah ! Ne pas oublier la fameuse ceinture de flanelle pour soutenir et réchauffer les reins. On en a besoin des reins dans la campagne, ils sont rudement mis à l’épreuve tout au long des jours.
Quand au physique : les yeux, qu’ils sont malins ces yeux avec ce petit sourire moqueur et enjôleur. On pense que avec ça il tombe pas mal de femme. Il y a sûrement de l’exagération, mais bah ! Quelle importance. Ah ! Si, ne pas oublier sa belle moustache, celle qui caresse les joues de ses amoureuses et qui donne un aperçu de ce qu’il a mangé au repas précédant les ébats en suçant les restes accrochés dans les brins près de ses lèvres.
C’est quand même un solide gaillard ne rechignant pas au travail et volontaire pour aider les autres cultivateurs. Présent dans toutes les corvées chez les voisins comme c’est la coutume.
LE MORT
Eh ! Oui, on aurait pu dire : « avant sa mort, il allait très bien encore ».
Ce sacré Tintin, on l’a retrouvé un soir, dans le coin d’un champ, couché sur le dos, les bras en croix, les yeux grands ouverts, fixant le ciel, le visage serein laissait supposer une mort soudaine sans douleur. Comme disent certaines personnes : « une belle mort ».
Rapporté chez lui, enveloppé dans une couverture, allongé dans la carriole*pour parcourir le kilomètre séparant le lieu du décès à la ferme.
Branle bas de combat, il est changé, on lui met ses plus beaux atouts, le plus souvent le costume du mariage qui ne sert que dans les grandes occasions. Il faut disposer la pièce en chambre mortuaire. La pièce en question est comme à peu près toutes les fermes, très grande, faisant office de cuisine, salle et chambre à coucher. Le lit, bien ordinaire, en bois ciré est accoté dans un angle assez près de la cheminée. On allonge le corps sur la couche et on le recouvre d’un drap blanc, un christ sur la poitrine et les mains jointes près du christ. Disposer la table de chevet sur laquelle on met une assiette creuse avec de l’eau bénite et une branche de laurier bénie le jour des rameaux (dimanche d’avant Pâques) pour que les visiteurs puissent le bénir. Sans oublier une bougie pour éclairer son visage au cas où il aurait l’idée de revenir à la vie. On ferme un tantinet les volets pour mettre la pièce en pénombre en signe de deuil.
Il faut éteindre le feu, pas de chaleur ce qui accentuerai la décomposition du corps. Quelques chaises sont prévues pour que les visiteurs puissent s’asseoir un moment. Ne pas oublier de faire du café pour ceux qui accepteront d’en boire.
On a envoyé prévenir le curé, le menuisier pour qu’il vienne prendre les mesures du futur cercueil, la préposée à passer par les maisons pour prévenir les habitants et la date et l’heure de l’inhumation. C’est le curé, troisième personnalité de la commune après le Maire et l’Instituteur, qui, dans la commune joue le rôle du docteur en plus du confesseur. Il conclut à la mort subite et ça ne va pas plus loin. Cependant, désolé de n’avoir pu lui donner l’extrême-onction que l’on donne aux mourants juste avant la mort et dit :
- C’était un bon chrétien, il ira quand même au paradis.
Même si ce n’est pas un bon chrétien, il dit la même chose, il faut ménager les susceptibilités. Généralement, on l’appelle dés que quelqu’un est malade, il donne les premiers conseils et dit s’il faut prévenir le docteur. Il faudra aller le chercher en voiture à cheval et le reporter. C’est pourquoi certains meurent sans avoir vu le docteur.
Et Titine dans tout ça ?
Sa première réaction, la surprise, qu’elle drôle d’idée il a eu là, et une certaine difficulté à faire paraître de l’émotion. Oh ! Tout le monde savait que ce n’était plus le grand amour. Au fond d’elle-même :
-Pouorquyi qu’ye taint pressi ? Q’t’ielle idae. (Pourquoi qu’il est tant pressé ? Quelle idée).
LE DEUIL
Pour la même raison que la bougie, il faut veiller le mort jours et nuits, jusque l’inhumation et généralement à deux personnes. Cette règle n’est pas toujours appliquée par tout le monde, par exemple une seule personne le jour ou même pas du tout.
Et c’est parti, les voisins arrivent en fonction de leurs occupations, on ne néglige pas le travail de la ferme. A peu près tous proposent leur aide pour quoi ce soit. Il faut choisir les veilleurs et les jours en fonction des disponibilités. Certains de ceux qui se proposent font tout pour l’éviter en prétextant : l’enfant malade, le rendez-vous etc… La première chose pour les visiteurs, c’est d’asperger le mort d’eau bénie à l’aide de la branche de laurier, puis se tournant vers la veuve, débitent des louanges, pas forcément bien sincères, et condoléances, souvent tout bien mélangé. Certains récitent des prières.
Titine prend les choses en main :
- Dans la journaè, persoun, j’froumraè la pouorte à doubieu tou y pouora pé s’nallo.
(Dans la journée, personne, je fermerai la porte à double tour, il ne pourra pas s’en aller).
- Et s’y r’scusitaè ? (Et s’il réscucitait)
- E bi y n’va pé m’faère eun cop coumme cha.
(Il ne va me faire un coup comme cela).
Il y a aussi des pleureuses qui se présentent, mais Titine les refuse.
- J’y assaè pieuro coumme cha pou li. (J’ai assez pleuré comme ça pour lui)
Toutes ces réflexions là vont faire jaser, mais Titine s’en moque.
Arrivent, payés par la famille proche, un christ et une couronne de fleurs et perles. Peut-être quelques gerbes, suivant la générosité des gens.
La maison devrait rester silencieuse plusieurs semaines, même les gens qui passent arrêtent de parler devant la maison. Pour la veuve, elle doit observer une période de chasteté et elle sera épiée par les femmes et devra porter des vêtements noirs un certain temps, puis noir et blanc, puis gris, mauve et la normale à peu près un an après la mort. Il en va de même pour les chaussures, pas de talons hauts, des plats.
Dans la journée, Titine vaque à ses occupations habituelles, plus une bonne partie de celui de Tintin. C’est dur, très dur. Beaucoup lui ont dit :
- Chi t’a b’soin vyint vaè, no s’araing’ra.
(Si tu as besoin, viens me voir, on s’arrangera.
Le cortège
Le rassemblement se fait au domicile où se trouve le défunt. Parents, amis et la population voulant témoigner par leur participation au deuil s’y retrouvent. Certaines personnes, âgées ou handicapées vont attendre directement dans l’église. En la circonstance, on a revêtu les habits de cérémonies, pour la plupart, le costume de noce ou de la (bloaude), blouse, avec la casquette propre ou le chapeau rond. Les femmes en longs cotillons portent les bonnets en dentelle différents suivant les régions. Certaines mettent un voile englobant le chapeau et le visage en signe de deuil. Tout le monde attend l’arrivée du curé escorté d’un porteur de la croix et d’un enfant de cœur. La mise en bière ayant été effectuée le matin de bonheur, le curé procède à la levée du corps. Suivant les nécessités, le cercueil est porté à bras. Quatre porteurs, le portent à l’aide de deux barres en bois passées sous le cercueil et marchant du même pas, sinon c’est la catastrophe. Si le trajet est long, prévoir deux équipes de porteurs qui se relayeront. Dans le cas présent, le cercueil est placé dans une carriole dont on a enlevé l’arrière pour le glisser et parfois en laisser une petite partie à dépasser suivant la grandeur du véhicule. Une fois le cercueil placé, on pose le christ dessus ainsi que la ou les couronnes. S’il y a beaucoup de gerbes, on a recruté des porteurs. Le cortège se forme : en Avant le porteur de la croix, puis le curé et l’enfant de cœur, suit la carriole faisant office de corbillard. Le conducteur est assis sur le siège du cocher et veille à la marche régulière du cheval.
Ce brave cheval doit être un spécial, plutôt vieux, ne pas marcher trop vite, d’un pas d’enterrement et être d’une docilité à toutes épreuves. On a vu des enterrements avec un cheval un peu trop fougueux où le curé, le porteur de la croix et l’enfant de cœur être obligés de pratiquement courir et la carriole semer le cortège qui se disloque. Cela fait très mauvais effet. On a vu un cheval faire de la cabriole et retrouver le cercueil éjecté sur la route.
Derrière, les porteurs de gerbes puis au premier rang, les parents proches avec dans l’ordre, l’épouse, (si elle est défaillante, quelqu’un lui donne le bras) les enfants s’il y en a et les frères et sœurs, oncles tantes, neveux et cousins. Ensuite les amis et le reste de la population. On reste décoiffés tout le long de la route sauf en cas de gros froids ou de fortes chaleurs. Si le cortège croise des personnes, elles s’arrêtent se décoiffent et se signent.
Le cortège serait plutôt lugubre pour respecter le deuil s’il n’y avait pas de bonnes piplettes (bavardes). Justement la commère Pincebec Rosine dite la Rosènne, au profil pas du tout avantageux, visage angulaire au bec pincé, de sa voix criarde attaque :
- Et té phonsène no t’a ti prêchi d’la Titaine ? (Et toi Alphonsine est-ce qu’on t’a parlé de la Titine ?)
- Ma fé nennin, pourtyi ? (Ma foi non, pourquoi ?)
- Y parae, no m’la souffie à l’oielle, o n’és pé sériouse.
(Il paraîtrait à ce qu’on m’a dit à l’oreille, elle ne serait pas sérieuse).
- Tyi d’ma, ché ti byi d’ma ? (Quoi de mal, est-ce bien du mal ?)
- No l’a veue aveu l’graind Fred. (On l’a vue avec le grand Alfred).
- Y n’faisae ptète pé d’ma. (Ils ne faisaient peut-être pas de mal).
La réservée Marie :
- Voe savae, no cré vé l’ma. (Vous savez, on croit voir le mal).
En d’autres endroits du cortège des conversations s’établissent à peu près sur le même sujet et pour d’autres femmes.
Et c’est comme ça tout le long du chemin. Pour les hommes, c’est le mort qui est le sujet de la discussion. Mais à l’approche de l’église les discussions s’arrêtent et le silence le plus parfait règne.
La cérémonie
Le cercueil est descendu par quelques gaillards, puis le clergé en tête, pénètre dans l’église suivit de la famille et de la foule. Les hommes se placent à droite et les femmes à gauche. Les cloches sonnent depuis l’arrivée du cortège.
Chants en latin et prières se succèdent pour une durée variant en fonction disons de la fortune. En effet la messe est payante, de plus une quête est faite dans l’église. Pour les pauvres ce sera plus court. On n’est même pas égaux devant la mort. Il en sera de même avec les tombes. De beaux tombeaux pour les riches et pour les très pauvres, un coin du cimetière leur est réservé à l’écart.
La cérémonie terminée, les présents défilent devant le cercueil dans l’église et le bénissent.
Le cercueil est déposé au-dessus de la fosse et le curé bénit une dernière fois le mort. A l’aide de cordes, on descend le cercueil dans la fosse, puis la famille bénit à son tour le cercueil. C’est le moment le plus touchant, beaucoup de pleurs et parfois des personnes doivent être secourues s’évanouissant.
Puis la famille se range à proximité ou à la sortie du cimetière pour recevoir les condoléances et remercier les personnes venues à l’enterrement.
Tout terminé, les hommes se retrouvent au café du bourg et en avant les bouteilles de vin blanc et les grandes discutions sur tous les sujets.
Le repas
L’inhumation ayant généralement dans la matinée, il est de coutume d’inviter la famille la plus proche, les amis et les personnes venant de loin qui ne peuvent repartir le ventre vide. Le repas est préparé par des voisines privées d’enterrement, il faut bien s’entraider.
Tout le monde se retrouve au domicile du défunt. Les hommes étant passés par le bistrot ont déjà des yeux étincelants.
Une grande table est dressée pour recevoir trente à quarante personnes. S’il y a des enfants, ils sont à une table à part. Les gens s’assoient comme ils l’entendent et pour sur, par affinités.
Le petit coup de blanc pour mettre en appétit, car il faut bien le dire, il s’agira d’un bon repas, c’est la coutume, sinon, ça jaserai sous couvert.
L’atmosphère est lourde, on n’ose parler, on n’ose attaquer, on parle de banalités :
- La saison n’est pas bonne.
- Non le blé ne pousse pas.
- Le foin, on n’en aura pas beaucoup cette année.
- Tant pis, je vais commencer à le couper, il y aura ce qui y aura.
Bien sur, mais si on n’en a pas assez, il faudra trouver de la paille pour compenser.
Un pépère qui sort de sa torpeur :
- Ch’était quainndaème eun bouon garçoun.
(C’était quand même un bon garçon) ;
Et c’est reparti sur le registre des lamentations :
- Mei vé ch’étaè eun bouon garçon.
(Ma foi oui, c’était un très bon garçon);
- Y yavae l’qu’tieu souos la man.
(Il avait le cœur sous la main).
- Y s’réae byi privâo pou l’s’aôtes.
(Il se serait plutôt priver pour donner aux autres).
Le grand Fred se lève va vers Titine et la prend par-dessus le cou, les yeux humides (en apparence) :
- Titaine, coum j’te l’y toujous prononchi, de t’hie t’ae b’soin, de t’hie qu’cha seit, j’s’y ichin.
(Tu sais ma Titine, comme je te l’ai déjà dit, si t’as besoin de quoi que ce soit, je suis là).
Dans plusieurs têtes : il peut bien, il a assez profité d’elle.
Quelques sanglots ici, quelques larmes là, on s’essuie les yeux avec le revers de la main pour ceux qui n’ont pas un beau mouchoir, ou qu’ils l’ont oublié dans la précipitation.
- Rapp’lous qu’ch’étae eun amusoue, toujous à biadyie, à raconta d’histoières. (Faut pas oublier que c’était un bout en train, il aimait la blague et les histoires.
- Connaessouos s’t’échin ?
(Connaissez-vous celle là ?).
Où vas-tu tortille bourdille ? Qu’est-ce que ça peut te faire, tondu tous les ans ?
Et tout le monde cherche, se creuse la tête mais rien ne vient.
Bon, je vais vous le dire :
- Chae la rivire dauns l’praè, q’tie toune daen tous l’seans et praè qu’ae faotie touos l’s’aens pou l’fouan.
(C’est la rivière dans le pré. Tortille bourdille, c’est la rivière qui fait ses méandres dans pré et tondu tous les ans, c’est le pré qui est fauché tous les ans pour le foin).
- A vé, chaè byi cha.
(Mais oui, c’est bien vrai).
Le même pépère qui revient à la raison :
- Ch’étaè quaind maème eun bouon garçoun.
(C’était quand même un bon garçon).
Et ça repart pour un tour :
- No n’l’arvêirae pè dains lae’feâtes eut l’ainteurremouents.
(On ne le reverra plus dans les fêtes et les enterrements)
- Pè pue qu’dains laès baettraes à dierbaè.
(Ni dans les batteries à gerber).
- Ch’est quy chaintôe byi.
(Et puis, il chantait bien).
- Vé, ach’teu y sae teu.
(Eh ! Oui, maintenant il s’est tu).
- L’récaud coumancheà faère soun effae.
Le réchaud (deuxième café arrosé) commence à faire son effet.
- Enco ieun d’vinaète d’tintin :
Encore une devinette de tintin :
- Pie passae, cat nennin, qu’tiecha seit ?
(Pie passa, chat n’osa. Qu’est-ce que c’est) ?
On cherche ou on fait semblant de chercher et personne ne trouve.
- Byi, j’vae vo l’donnae :
(Bon, je vais vous le dire) :
- Ch’est lao rivire douans l’praè, lao pie s’envouole par d’sus, l’cat li, n’seit pè voulao, la rivire tiant grainde por saotôt pa d’sus.
(C’est le passage de la rivière dans le champ, la pie passe par-dessus en volant, mais le chat, lui ne sait pas voler et la rivière est trop large pour sauter par-dessus).
- Vé, ch’est ben vraè.
Ah ! Mais oui, c’est bien vrai.
Le petit vieux qui sort de sa torpeur consécutive au petit réchaud :
- Cha moun fae pieurao d’paensae à li.
(Ca m’en fait pleurer de penser à lui).
C’est reparti pour un tour :
- Cha faes eun graind trouo eun mouort coumme cha.
(Ca fait un grand trou, une perte pareille).
- Ryi eut piche pou l’rainpiychi.
(Et rien et personne ne peut le remplacer).
J’l’a piaint l’a poure Titaine.
(Je plains la pauvre Titine).
- Vé ô l’aourae byi d’la minsère ao s’ain r’meit.
(Oui, elle aura bien de la misère à s’en remettre).
Sanglots et larmes chez les mêmes, les cœurs tendres.
- Byi, Titaine, enco eun p’tit récaut pyi n’o souen va.
(Bon Titine, allez, encore un petit réchaud et on se sépare).
- Eun faie servao, n’o treinte aveu biacouo d’brit, l’calva faot saoun affae. L’petit veus timbe daoun le soummeit, lao taète su soun bras posae su la tabieb. Laes geouns prèchent foart, vont prèechy aotremaint.
(Sitôt servi on trinque bruyamment, l’alcool fait son effet. Le petit vieux sombre dans les bras de Morphée, la tête reposant sur son bras posé sur la table. Mais la conversation s’anime et prend une autre tournure).
- De té à mé, l’tintin y s’privae pae, j’lae veu s’tapao la Marie à eune battouse daens l’aes diearbes d’paille, j’t’asseure qu’et l’trachait la Marie, ô voulae r’commenchy.
(De toit à moi, (mais tout le monde peut entendre, la voix est assez forte), le Tintin, il ne se privait pas, je l’ai vu se taper la Marie à une batterie, dans les gerbes de paille. Et je te prie de croire qu’elle en voulait la Marie, elle en redemandait).
Dans son coin, le Pierrot (Pierre), mi sourire, mi sérieux, habitué des coups en vache, ironiquement se lance :
- Té, t’airaè byi vouoly yète à sa pieche, vrae ?
(Toi, tu aurais bien voulu être à sa place, non) ?
- Interlotyi, je n’sis paè d’ceux lo.
(Aie ! Courroucé, je ne suis pas de ce genre là).
-T’aoserae niae, byi qu’la Marie m’en à prêchi, qu’tu couorae aprae yi.
(Oserais-tu nier alors que la Marie me l’a dit que tu courrais après elle).
- O l’a creu, ch’étae pou m’amusae.
(Elle a cru, mais ce n’était pas sérieux).
- Byi, tamerae mue la Titaine ach’teu co n’a pu de bounhoum, ch’n’est pé l’ainvie qui t’mainque).
(Oui, tu préférerais peut-être la Titine maintenant qu’elle est veuve, ce n’est pas l’envie qui te manque).
La Titine voyant que ça tourne mal :
- Byi, v’l’a la nyit, faôt paerti.
(Bon, il est bientôt nuit, il est temps de partir).
Un traîne cul :
- Mainque d’chaince, j’va rato moun dernyi tramwway, sie kyiloumaètres à pies
(Mince, je vais rater mon dernier tramway, six kilomètres de plus à pied).
Enfin, la maison se vide, au grand soulagement de la Titine.
Certains enterrements se terminent plus mal, d’autres plus arrosés finissent par des chants et des histoires plus obscènes et même par de la bagarre (peu souvent quand même). Il y en a de bien sérieux, cela dépend de l’assistance et de la boisson.
AMEN