Prologue
Dans notre jeune temps, à la campagne, on nous racontait souvent des histoires de sorcellerie. On avait déjà raconté ces histoires à nos parents. D’où venaient-elles ? Est-ce que la sorcellerie a vraiment existé ou est-ce de pure invention ? J’ai pu lire un jour dans une presse que dans une commune, on avait récupéré tous les livres traitant de la sorcellerie. Où est la part du vrai ?
Dans la mythologie, on changeait bien des êtres humains en animaux, par exemple : les Dieux métamorphosèrent Procné en hirondelle et Philomèle en rossignol pour les sauver.
Je me souviens d’une de ces histoires.
Il y avait dans la commune voisine un individu, certes bon garçon, bout entrain, mais un peu trop moqueur, on pourrait dire même un agressif avec certaines personnes. Profitant de la faiblesse de certains ou de gens qui n’osaient l’affronter. Ne dit-on pas : si on te frappe sur une joue, tends l’autre.
On dit aussi qu’il était instruit, lisait couramment et aimait lire, ce qui n’était pas le cas de tout le monde.
Il faudra bien que un jour cela se termine.
Le pauvre curé de la paroisse était sa cible préférée. Le pauvre préférait ne pas répondre à ses provocations dans le genre :
- Ferme ton bec pour ne pas laisser tomber ton fromage.
Ou encore en passant près de lui se mettre à croasser comme le corbeau.
Ou l’apercevant :
- Voilà le corbeau qui passe.
- Ramassez vos poulets, le corbeau est en vue.
Vêtu d’une grande pèlerine noire, tenant deux carres et bras tendus remuait les bras pour imiter le vol du corbeau.
Planquez-vous voilà le corbeau, ça porte malheur etc…
Cela ne l’empêchait pas d’aller à la messe tous les dimanches, de prier et de chanter avec tout le monde ce qui ne l’empêchait pas à la sortie de se moquer de certaines personnes. Beaucoup auraient aimé se venger, mais que faire lorsque l’on n’est pas méchant ?
Poussé à bout, notre brave curé jura de lui donner une bonne leçon et lui fit dire de venir le voir au presbytère un soir.
Pas méfiant le bougre se présente donc devant le curé qui le reçoit à bras ouverts :
- Mon cher Paul, je sais que tu aimes lire, je t’ai trouvé un livre qui te plaira sans aucun doute, mais pour que tu t’en rendes bien compte, il faut bien lire syllabe par syllabe et que tu l’ai fini complètement et d’une seule traite, je pense que tu est bien capable de faire ça.
Flatté, tout souriant, brandissant le livre à bout de bras, Paul s’exclame :
- C’est comme si c’était déjà fait, Monsieur le curé, je vais de ce pas et demain matin, ce sera fini.
Rentré chez lui, il dit :
- Marie, Monsieur le curé m’a prêté un livre, il faut que je l’aie fini demain matin, alors ne vient pas me déranger.
- Oh ! Mais nannin que j’va pas t’dérangi, j’va m’couchi.
Et notre Paul de se mettre à lire. Au petit matin, le livre enfin terminé, Paul s’endort à la table et ronfle au point de réveiller Marie dans la chambre au dessus de la cuisine.
Bon, il va être temps de se lever, c’est moins grave, mais il a du s’endormir sur le livre, j’va alo vae cha.
- Eh bi ! Un cochon dans la maison.
Et de prendre le balai et en avant sur la croupe du cochon pour le faire sortir.
Réveillé en sursaut, Paul se révolte :
- Mais Marie, c’est moi Paul, ton mari.
- Pars’en dye, je n’me s’y pé maria aveu eun cochon.
Une idée lui vient à la tête, avant de sortir il se précipite devant une glace et surprise, il bien transformé en cochon.
Il m’a bien eu le curé, comment je vais faire, vais-je pouvoir redevenir un homme ? Il faut que j’aille voir le curé.
La Marie, à coups de balai le conduit dans la soue avec les autres cochons qui n’apprécient pas la présence d’un intrus et le pourchasse à coups de museau. Une fois bien vautré dans le lisier, il peut-être toléré, et s’endort jusque la Marie viennent des libérer pour aller aux auges.
- Marie, je t’en supplie donne moi mon petit déjeuner.
- Ah ! Pé, t’es cochon, ton p’tit déjeuno, ch’é d’in l’aoge.
Et voilà, il est condamné à mettre son museau dans la soupe aux cochons.
Il faut absolument que j’aille voir le curé. S’échappant, le voilà dans la route au moment où les enfants du village s’en vont à l’école.
- Oh ! Un cochon dans la route.
Toute la bande court après le pauvre animal, lui lançant des cailloux. Survient le curé :
- Petits garnements, vous ne pouvez laissez tranquille ce pauvre cochon ?
Le cochon s’approche de lui et dit :
- Monsieur le curé, je vous en prie faites que je redevienne un homme, je ne vous embêterai plus.
- Ah ! C’est toi, Paul ? Comment as-tu fait pour devenir cochon ?
- J’ai lu votre livre.
- Eh ! Bien, te voilà bien puni, reste comme cela quelques jours et après on verra.
Le dimanche, il se présente à la porte de l’église pour assister à la messe, mais il est pourchassé par les paroissiens qui rigolent bien.
Enfin quelques jours plus tard le curé le fait venir au presbytère et lui dit :
- Tu me jures de ne plus te moquer de moi et des autres ?
- C’est juré Monsieur le curé.
- Alors, tu vas reprendre le livre et tu vas le lire à l’envers, en commençant par la fin et lorsque tu seras arrivé au premier mot, tu redeviendras un homme parfait.
Ainsi s’achève l’histoire, on ne sait pas si il est redevenu un homme. Avouez que la tâche était ardue.